Archana Cini, Journal Lookout
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Une cérémonie commémorative annuelle marque les 81 ans du naufrage du NCSM Esquimalt et rend hommage aux 44 marins perdus.
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L’article met en lumière ce qui a suivi la tragédie, notamment la capture du U-190 et son rôle dans l’entraînement naval canadien.
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Des exemples marquants de réconciliation montrent comment le souvenir s’étend souvent au-delà de la perte vers une humanité et un héritage partagés.
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Près de 81 ans après le naufrage du navire de Sa Majesté canadien (HMCS) Esquimalt à portée de vue des côtes canadiennes, des membres de la communauté de la Défense, des dirigeants locaux et des résidents de l’île se sont rassemblés dans le canton d’Esquimalt pour rendre hommage à l’équipage du navire et réfléchir à quelque chose qui dépasse la simple tragédie.
La cérémonie annuelle commémorait le naufrage du dragueur de mines de classe Bangor, torpillé par le sous-marin allemand U-190 le 16 avril 1945 — quelques semaines seulement avant la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Le capitaine de frégate Kevin Whiteside, commandant de la base des Forces canadiennes (BFC) Esquimalt, a déclaré que cette cérémonie restait l’un des événements les plus significatifs auxquels il assistait.
« C’est l’une de mes cérémonies préférées à laquelle je participe en raison de son importance pour cette municipalité et cette base », a déclaré le Capt(Mar) Whiteside. « Même si les événements de 1945 s’éloignent dans le temps, leur signification, elle, ne s’estompe pas. »

Photo: Corporal Conor R.G. Munn, CAF Imagery
La mairesse Barbara Desjardins, qui prend la parole lors de la cérémonie annuelle du Souvenir depuis 18 ans, a souligné le lien profond qui unit la municipalité d’Esquimalt et le navire qui portait son nom.
« La perte du HMCS Esquimalt est importante pour la municipalité, non seulement parce qu’il porte notre nom, mais aussi parce que nous reconnaissons le sacrifice et la perte de ceux qui ont servi à son bord », a-t-elle déclaré. « Derrière chacun de ces hommes disparus se trouvaient des familles : des épouses, des fils, des filles, des parents, des amis et des communautés. »
Le 16 avril 1945, 44 vies ont été perdues lors du naufrage de ce qui est devenu le dernier navire de guerre canadien coulé par l’ennemi pendant la guerre. Pourtant, l’histoire ne s’est pas arrêtée là.
Après la capitulation de l’Allemagne, l’U-190 a reçu un message lui ordonnant de se rendre aux forces alliées, après quoi il est devenu une prise de guerre canadienne. Le sous-marin a ensuite été mis en service au sein de la Marine royale canadienne (MRC) et a participé à des exercices d’entraînement naval, à des essais et à des évaluations, ainsi qu’à une croisière sur le fleuve Saint-Laurent. Grâce à ce changement de propriétaire, un navire qui avait autrefois traqué les navires et les marins canadiens contribuait désormais à renforcer la capacité opérationnelle des Forces armées canadiennes. Ce renversement de rôles a été une leçon précieuse : même les instruments de guerre peuvent être réutilisés au service de la paix, et l’histoire peut évoluer de manière inattendue.
Le 27 octobre 1947, l’U-190 a été sabordé à l’aide de tirs réels à l’approche du port de Halifax, à peu près au même endroit où il avait coulé le HMCS Esquimalt deux ans auparavant. Le périscope du sous-marin a également été retiré de la coque et est aujourd’hui exposé au Crow’s Nest, à St. John’s, un club privé fondé il y a plus de 70 ans pour accueillir les officiers de la Marine en visite ou en poste pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le club abrite des centaines d’artefacts navals et militaires canadiens rares.
Cependant, le souvenir ne concerne pas seulement la perte ; il concerne aussi ce que les gens choisissent de construire par la suite. Werner Max Hirschmann, chef mécanicien et commandant en second à bord de l’U-190, a ensuite immigré à Toronto après la fin de la guerre. Au cours des années qui ont suivi, Hirschmann a régulièrement assisté aux premières cérémonies commémoratives en mémoire du HMCS Esquimalt, le navire même qu’il avait contribué à couler. De manière poignante, il l’a fait aux côtés du marin canadien Joseph Frank Wilson, l’un des derniers survivants du HMCS Esquimalt. Leur présence commune a offert une image durable et puissante de réconciliation — celle de deux hommes autrefois divisés par la guerre, réunis des décennies plus tard dans un esprit de commémoration.

Members of the Defence community and local neighbourhood gather during the HMCS Esquimalt memorial ceremony held on April 16. Photo: Cpl Conor R.G. Munn, CAF Imagery
« Leur présence commune témoignait de cette vérité puissante : même après la guerre, l’humanité, la réconciliation et la paix sont possibles », a déclaré le Capitaine de corvette (à la retraite) Gerald Pash, maître de cérémonie, lors de la cérémonie du 16 avril. « Ainsi, notre acte de commémoration d’aujourd’hui ne concerne pas seulement le passé ; il concerne aussi l’avenir. »
La mairesse Barbara Desjardins s’est également engagée à ce que la communauté continue de se rassembler chaque année, soulignant que « [avec] leur disparition, c’est à nous tous qu’il revient de porter le flambeau du souvenir ».
C’est un flambeau qui continue de brûler, depuis ce matin d’avril 1945, non seulement pour ceux qui ont sacrifié leur vie, mais aussi pour ceux qui continuent de choisir la réconciliation au fil des années.


