Lieutenant(Marine) Kayvan Aflaki, lieutenant(Marine) Raymark Bancolita et sous-lieutenant Francesco Dinatale, Marine royale canadienne
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Des officiers de guerre navale de la MRC ont rejoint la Canadian Lifeboat Institution pendant le frai du hareng du Pacifique afin de soutenir les opérations de recherche et sauvetage.
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Les équipages ont répondu à des urgences réelles, incluant une évacuation médicale nocturne à haut risque en mer.
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Cette expérience a renforcé les valeurs communes de leadership, de travail d’équipe et de service entre marins militaires et civils.
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En tant qu’officiers de guerre navale servant à bord des navires de Sa Majesté (HMC) Calgary et Vancouver, notre carrière a principalement consisté à naviguer dans les eaux territoriales du Canada pour assurer la sécurité et la souveraineté maritimes. Pendant les deux premières semaines de mars, notre affectation s’est déroulée à bord d’un navire différent et dans un rôle différent ; nous avons rejoint l’Institution canadienne des bateaux de sauvetage (CLI) au sein d’un équipage chargé d’assurer le soutien aux opérations de recherche et de sauvetage (SAR) pendant la période annuelle de frai du hareng du Pacifique.
Notre plate-forme était le canot de sauvetage Delta, sous le commandement de John M. Horton, O.B.C., C.S.M.A. M. Horton, marin canadien d’origine britannique et ancien combattant de la Royal Navy, est reconnu à l’échelle nationale pour ses décennies de travail bénévole en sauvetage au sein de la Marine canadienne de recherche et de sauvetage et de la CLI. Son travail d’artiste a également permis de documenter le patrimoine maritime du Canada.
Sous la direction de M. Horton, le Delta a porté secours à d’innombrables marins dans les îles Gulf du Sud et sur la Sunshine Coast. Chaque printemps, cependant, la frai du hareng du Pacifique entraîne un rythme opérationnel particulièrement intense. Les femelles déposent des millions d’œufs sur les herbiers de zostère et de varech tandis que les mâles libèrent leur laitance pour les féconder, teintant l’eau d’un turquoise caractéristique. La frai déclenche l’un des événements écologiques les plus importants de la côte, alors que les oiseaux marins, les otaries et d’autres espèces marines convergent pour se nourrir. Les Premières Nations dépendent de cette frai et la gèrent depuis des générations en utilisant des pratiques durables pour préserver les stocks. Avec l’arrivée des flottes de pêche commerciale, la frai s’est transformée en une scène bien plus animée et instable, rendant la présence d’une équipe de SAR dédiée de plus en plus importante.
Nous avons été accueillis par l’équipe du CLI à Ladner le 1er mars. Ce soir-là, nous avons été informés d’une activité de pêche au sud de Comox. Notre équipage a rapidement préparé le navire et établi un plan de navigation avant de larguer les amarres. La rivière Fraser derrière nous, nous avons mis le cap vers le nord dans le détroit de Georgia, à la dernière lueur du soir. Lorsque nous avons atteint les eaux autour des îles Denman et Hornby, les signes du frai étaient déjà visibles. Les bateaux de pêche se pressaient le long du littoral ; les oiseaux marins plongeaient sans relâche tout en tournoyant au-dessus de nos têtes en volées denses. Les eaux au sud de Comox et au nord de Nanaimo allaient constituer la zone de responsabilité du Delta pour les deux semaines suivantes.
Nous avons rapidement compris que les principes fondamentaux du métier de marin sont universels. Tout comme sur la passerelle d’un navire de guerre, une solide compréhension de la navigation, un service de quart rigoureux et le travail d’équipe sont autant de principes communs indispensables pour diriger la passerelle à bord du Delta. En effet, nous avons navigué, commandé et barré le Delta pendant les patrouilles, le pilotant le long de la côte accidentée de la Colombie-Britannique (C.-B.) et en respectant le Règlement international pour prévenir les abordages en mer. Les opérations de recherche et sauvetage (SAR), cependant, ont un rythme particulier. La plupart du temps, tout est calme. On passe le temps à scruter l’horizon et à surveiller les mouvements de la flotte de pêche. Souvent, on l’a également à écouter le brouhaha constant des communications radio maritimes, sachant qu’à tout moment, le calme peut laisser place à l’urgence. Pendant ces moments plus calmes, M. Horton et l’équipe du Delta, composée de vétérans de la Royal Navy et de la Marine royale néerlandaise, ont partagé leurs connaissances sur les manœuvres sur le pont et l’entretien du navire. En tant que membres de l’équipage, nous avons jeté et levé l’ancre ; manipulé les amarres ; mis à l’eau, récupéré et manœuvré le canot pneumatique à coque rigide (RHIB) du navire. Nous avons également appris à effectuer des schémas de recherche, à repérer et à remorquer des navires en détresse.
Le Delta a répondu à plusieurs appels à l’aide, allant de bateaux de pêche en panne mécanique à des marins en détresse médicale. Ce n’est que tard dans la soirée du 10 mars que le Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage (JRCC) nous a chargés d’intervenir auprès d’un pêcheur à demi-conscient au nord de l’île Hornby. Luttant contre une mer agitée, nous avons navigué vers les coordonnées et identifié le chalutier à filets maillants. Nous avons abordé le navire alors que le Delta et le chalutier à filets maillants tanguaient violemment sous nos pieds, avons attaché le pêcheur en détresse à une civière à clapet et avons procédé à une évacuation médicale (medevac), le transférant en toute sécurité à bord du Delta pour qu’il y reçoive des soins. Avec un membre d’équipage du Delta, nous avons commencé à lui prodiguer les premiers soins pour son hypothermie avant de rejoindre le navire de la Garde côtière canadienne (GCC) Cape Cockburn pour procéder à un autre transfert de patient en vue de soins médicaux avancés.
Cette évacuation médicale, et plus largement notre affectation sur le Delta, nous ont rappelé que le leadership dépasse les limites traditionnelles de la guerre navale. Que ce soit sur la passerelle d’une frégate ou sur le pont d’un canot de sauvetage, la responsabilité reste la même : prendre des décisions judicieuses, soutenir son équipe et protéger ceux qui sont sous sa responsabilité. Travailler aux côtés des bénévoles du CLI a renforcé l’idée que les principes qui guident le service naval — professionnalisme, discipline et le devoir avant soi-même — sont partagés par ceux qui veillent chaque jour sur les eaux du Canada.


