Archana Cini, Journal Lookout.
« On éprouve beaucoup de fierté à bien faire son travail. Ça a toujours été la norme. »
– William (Bill) McIntyre
À 82 ans, William (Bill) McIntyre parle de la Marine royale canadienne (MRC) avec une clarté qui laisse penser que la mer ne l’a jamais vraiment quitté. Participant aujourd’hui au programme de jour du Centre de santé des anciens combattants au Veterans Memorial Lodge, une maison de retraite de Broadmead, M. McIntyre porte en lui 32 années de service et une carrière au sein de la MRC riche de sens.
Bill a grandi dans une ferme de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.), au sein d’une famille rurale de sept enfants. Sa vie là-bas était rythmée par des réveils matinaux, un travail physique et le rythme d’une grande famille très animée. Son père était à la fois agriculteur et pêcheur, tout comme ses frères, mais Bill cherchait quelque chose de différent. Ce changement s’est produit très tôt, en juillet 1965, lorsqu’il s’est engagé dans la MRC à l’âge de 19 ans.
« Je n’aimais pas beaucoup l’agriculture », a déclaré Bill sans détour. « La marine était un bon moyen de gagner sa vie, et j’aimais ce travail. »
Ce qui n’était au départ qu’une décision de tourner le dos à la vie à la ferme en tant que jeune adulte s’est peu à peu transformé en une carrière qui allait s’étendre sur plus de trois décennies. Presque immédiatement, Bill a intégré un programme d’apprentissage en génie maritime, un parcours structuré mais exigeant qui allait définir le reste de sa vie professionnelle.
« Ce n’était pas juste une petite formation », se souvient-il. « On passait des années à l’école : atelier d’usinage, équipements à vapeur, moteurs diesel… tout ça. » Des certifications pour les machines auxiliaires et la chaufferie aux qualifications pour la salle des machines, puis finalement aux autorisations de service, Bill a franchi chaque étape sans relâche. À la fin de sa formation, qui l’a conduit aussi bien sur terre qu’en mer, il avait acquis des bases techniques qui faisaient de lui un élément indispensable à bord de chaque navire sur lequel il servait.
En 1965, Bill s’est retrouvé à bord de ce qui était alors le Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Saskatchewan, sur la route d’entraînement de la côte Est. Peu de temps après, il fut affecté à la base des Forces canadiennes (BFC) d’Halifax, marquant le début d’une longue période de service qui allait inclure des affectations tant sur la côte Est que sur la côte Ouest, puis, finalement, un poste à Ottawa. Comme beaucoup de professionnels du génie, Bill déménageait fréquemment, s’adaptant à de nouveaux équipages, à de nouveaux navires et à de nouvelles exigences.
« J’allais là où on m’affectait », a-t-il déclaré. « C’était comme ça, tout simplement. » Au cours de sa carrière, il a servi à bord de plusieurs dragueurs de mines, destroyers et navires de soutien, notamment les navires canadien de Sa Majesté (NCSM) Kootenay et Provider. Pour Bill, l’une de ses affectations les plus mémorables a été celle à bord d’un dragueur de mines sur lequel il a servi pendant un an et demi.
« C’était vraiment intense », raconte Bill. « Beaucoup de travail, beaucoup de responsabilités. Mais j’aimais ça. »
La vie en mer était rythmée par la routine et la préparation permanente : vérifications des moteurs, cycles d’entretien et l’anticipation constante qu’une panne puisse survenir à tout moment. Sur les petits navires en particulier, la charge de travail était intense. « On s’occupe de tout, et on n’est pas nombreux à le faire », a confié Bill.
Au cours d’une de ses affectations en mer du Nord, Bill se souvient d’une panne importante de la boîte de vitesses alors que le navire était à quai à Plymouth ; la panne était suffisamment grave pour mettre le navire hors service pendant près d’un mois. L’équipage a été réorganisé en équipes de quart tandis que les ingénieurs et les techniciens travaillaient sans relâche pour diagnostiquer et réparer le système, en alternant selon des horaires exigeants qui maintenaient le navire dans un état constant de préparation partielle. Ce qui a marqué Bill, ce n’était pas seulement l’ampleur de la réparation, mais la persévérance qu’elle exigeait : de longues journées passées dans les salles des machines et la résolution de problèmes sous pression pendant plus de trois semaines.
« On s’y est simplement attelé », a-t-il déclaré en repensant à cette période. « Différentes équipes, différents horaires… on a fait ce qu’il fallait jusqu’à ce que le problème soit résolu. »
Cette expérience, comme tant d’autres en mer, a mis en évidence le caractère imprévisible du métier d’ingénieur naval, où une simple panne mécanique peut bouleverser la routine de tout l’équipage et exiger un effort collectif considérable pour remettre le navire en état de marche.
Au-delà des côtes canadiennes, le service de Bill l’a conduit aux quatre coins du globe. Il s’est rendu en Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans les Caraïbes, tantôt dans le cadre de ses fonctions dans la marine, tantôt lors de voyages ultérieurs.
« J’ai eu de la chance de ce côté-là », a-t-il déclaré. « J’ai vu une grande partie du monde. »
Après 32 ans sous l’uniforme, Bill a pris sa retraite en 1995, laissant derrière lui une carrière qui avait façonné la majeure partie de sa vie d’adulte. Avec le recul, ce ne sont pas son grade ni ses distinctions qui le marquent, mais le travail lui-même.
« J’aimais ce que je faisais », a-t-il déclaré simplement. « C’est très important. »
Lorsqu’on lui a demandé ce qui faisait un bon marin, la réponse de Bill a été immédiate : « Il faut faire son travail. C’est tout. Le navire en dépend ! »
Aujourd’hui, Bill revient sur une vie passée en grande partie en mer avec un sentiment de satisfaction tranquille. Même si les navires ont changé et que les systèmes se sont modernisés, l’essence même de son service reste la même : être présent, faire son travail et assurer le bon fonctionnement des opérations quand cela comptait le plus.
Cet article vous est proposé en partenariat avec Broadmead Care, un organisme caritatif agréé et prestataire de soins à but non lucratif qui soutient les anciens combattants grâce à des soins de longue durée et à des programmes qui honorent leur parcours de vie, valorisent leurs capacités et préservent leur dignité. Pour en savoir plus, appelez le 250-658-0311 ou rendez-vous sur broadmeadcare.com


