Archana Cini, Journal Lookout. Contributions de Robert Fisher, historien, et du Musée naval et militaire de la BFC Esquimalt

  • Une cérémonie publique à venir, le 16 avril, marquera les 81 ans depuis le naufrage du NCSM Esquimalt, le dernier navire de guerre canadien perdu pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Le navire a été torpillé au large de Halifax en 1945, entraînant la perte de 44 marins, dont plusieurs sont morts d’exposition en attendant les secours.
  • La commémoration annuelle rend hommage à ceux qui ont servi et souligne l’impact durable de la guerre sur les communautés canadiennes.

Chaque année, le souvenir nous interpelle. Il nous invite à faire une pause, à réfléchir et à porter en nous la connaissance des sacrifices et des histoires qui pourraient autrement s’estomper avec le temps.

À 10 h, le 16 avril, le devoir de mémoire prendra une fois de plus forme alors que les membres de la communauté de la Défense et le public sont invités à se rassembler en hommage au Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Esquimalt, le dernier navire de guerre canadien perdu à la suite d’une action ennemie pendant la Seconde Guerre mondiale. Organisée par la municipalité d’Esquimalt et soutenue par la Base des Forces canadiennes (BFC) Esquimalt, la cérémonie marquera le 81e anniversaire du naufrage du navire et rendra hommage aux marins qui ne sont jamais rentrés chez eux.

Le NCSM Esquimalt était un dragueur de mines de classe Bangor, l’un des nombreux navires chargés de la tâche essentielle — et souvent dangereuse — d’assurer la sécurité des voies maritimes en temps de guerre. Armé d’un canon de 12 livres, d’armes antiaériennes et de grenades sous-marines, l’Esquimalt était conçu pour la vigilance constante requise durant la bataille de l’Atlantique. Son équipage, composé de sept officiers et de 64 marins, comprenait de nombreux membres de la Réserve de volontaires de la Marine royale canadienne (RVMRC).

Le matin du 16 avril 1945, l’Esquimalt effectuait une patrouille anti-sous-marine à seulement cinq milles au large de Chebucto Head, près de Halifax. La guerre en Europe approchait de sa fin; pour beaucoup, le pire semblait être passé.

Mais à 6 h 30, ce sentiment d’éloignement du danger a brusquement disparu. Une torpille tirée par le sous-marin allemand U-190 a frappé l’arrière tribord de l’Esquimalt, éventrant sa coque. L’explosion a immédiatement coupé l’alimentation électrique, empêchant l’équipage d’envoyer un signal de détresse. En moins de quatre minutes, le NCSM Esquimalt avait sombré dans l’océan Atlantique. Ce qui a suivi pour l’équipage, ce furent des heures froides et désespérées passées à attendre les secours, tout près du rivage.

Les survivants se sont précipités dans des canots de sauvetage et sur des radeaux Carley, surchargés et exposés. Certains s’accrochaient aux bords, tandis que d’autres tentaient de se maintenir à flot dans l’eau glaciale. Bien qu’un avion ait survolé la zone à peine dix minutes après l’attaque, les personnes dans l’eau ont été prises pour des pêcheurs. Les tentatives de communication radio avec le navire étant restées sans réponse, l’urgence de la situation n’a pas été reconnue pendant des heures. À mesure que le temps passait, les marins ont commencé à succomber au froid. Lorsque les secours sont finalement arrivés, six heures après l’attaque, le bilan humain s’était alourdi. On estime que 28 marins sont morts lors de l’attaque initiale. Après l’explosion, 16 autres ont péri dans le froid en attendant d’être secourus. Sur les 71 membres d’équipage à bord du NCSM Esquimalt le 16 avril 1945, seuls 27 ont survécu.

Le naufrage du NCSM Esquimalt est commémoré non seulement pour la tragique perte de vies humaines, mais aussi pour ce qu’il révèle du coût de la guerre. La Seconde Guerre mondiale n’était pas un conflit lointain se déroulant dans des eaux éloignées aux quatre coins du monde. Elle s’est produite à vue des côtes canadiennes. Ce fut un rappel brutal et poignant que la guerre touchait le territoire national — qu’elle atteignait les rivages, les familles et les communautés canadiennes.

C’est pourquoi le devoir de mémoire est essentiel. Même lorsque nous ne l’avons pas vu, entendu ou vécu, la guerre nous affecte; elle nous transforme; et elle perdure à travers les générations, longtemps après que les sacrifices ont été faits. Le cairn commémoratif du NCSM Esquimalt, situé au 1200, chemin Esquimalt, en est un rappel. Ici, au cœur du parc Memorial dans la municipalité qui porte le nom du navire, l’histoire du NCSM Esquimalt est ancrée dans la pierre.

Sur ce cairn, les noms de ceux qui ont servi à bord du NCSM Esquimalt sont honorés, et leur sacrifice est reconnu. Plus encore, le passage du temps est contré par un acte de mémoire délibéré et tangible, qui ne peut s’effacer.

C’est ici que le NCSM Esquimalt et son équipage seront commémorés le 16 avril. Ce sera le 81e anniversaire jour pour jour de son naufrage, si près des côtes canadiennes, et la volonté de se souvenir demeure aussi forte que les détails des événements de cette journée.

Nous espérons vous y voir.